80% des Français approuvent la loi sur la rétention de sûreté
Alors que l'application de la loi sur la rétention de sûreté, qui vise à créer des centres d'enfermement à vie pour les criminels dangereux, provoque polémique et dissensions au sein de l'opposition et des milieux judiciaires, les Français se déclarent très majoritairement en faveur de la mesure. Ils seraient 80% à approuver les termes de la loi, et 64% à encourager la mise en application immédiate du texte, révèle ainsi un sondage Ifop pour le Figaro.
"Application immédiate" de la loi
Durant la campagne, Nicolas Sarkozy avait promis une loi pour
faire enfermer à vie les criminels soupçonnés de
pouvoir récidiver et ce après leur sortie de prison.
Une mesure que les "sages" du Conseil Constitutionnel se
sont refusés à accepter en la censurant partiellement.
Rappelant il y a quelques jours le principe de non-rétroactivité
de la loi, ceux-ci l'ont rendue inapplicable avant 2023, le texte ne
visant que des détenus condamnés à des peines
supérieures à quinze ans de prison. Bien que
partiellement tronqué, le texte a finalement été
publié au Journal officiel. L'enquête tombe à point nommé pour
Nicolas Sarkozy après le revers cinglant opposé par le
Conseil Constitutionnel et surtout la levée de boucliers
provoquée par le bras de fer institutionnel dans lequel il s'était engagé pour permettre une
"application immédiate" de la loi.
Eviter des crimes
Après cinq jours de controverse politique et judiciaire,
les résultats de l'étude confortent donc Nicolas
Sarkozy dans sa volonté affichée d'appliquer une mesure
très populaire. Si quatre Français sur cinq approuvent
l'esprit du texte, six sur dix jugent en outre qu'il faut l'appliquer
dès maintenant. Bien loin des propos de Robert Badinter qui fustigeait dans les colonnes Monde "un tournant très grave de notre droit", Jérôme Fourquet, directeur adjoint du département
d'opinion publique à l'IFOP relève dans le Figaro "une approbation massive qui transcende les clivages politiques
traditionnels. L'adhésion au texte est
portée par la certitude que la mesure peut éviter des
crimes."
L'opinion publique estime donc que la rétention de sûreté "va diminuer le taux de récidive en maintenant en détention les criminels toujours dangereux à l'issue de leur peine" (81% des sondés) et qu'elle "va être dissuasive à l'égard des criminels" (56% des sondés). Enfin, pour 39% d'entre eux, l'instauration de la rétention de sûreté "est une atteinte aux libertés car elle condamne de nouveau des individus ayant déjà effectué leur peine de prison".
La non-rétroactivité, un enjeu secondaire
Quant à la censure partielle de la loi par le Conseil
constitutionnel, 64% des personnes interrogées estiment, à
l'instar de Nicolas Sarkozy, qu'"il faut appliquer dès
maintenant la rétention de sûreté à ces
personnes pour éviter qu'elles récidivent". Le
principe de non-rétroactivité des lois, celui-là
même qui fait grincer tellement de dents au sein de
l'opposition, apparaît donc comme un enjeu secondaire pour les
Français. L'enquête révèle à ce propos que les
différences sont très marquées selon les
personnes interrogées : "Sur la question des principes
supérieurs du droit, il y a un vrai clivage socio-culturel",
souligne Jérôme Fourquet cité par le Figaro
toujours : "La non-rétroactivité de la loi est
mise en avant par 52 % des artisans ou des commerçants mais
par 31 % des ouvriers."
Désavoué par les "sages", l'Elysée peut ainsi espérer trouver une onction dans l'opinion, à deux semaines des municipales et faire en sorte qu'il n'y ait pas "deux catégories de serial-violeurs : celui qui sera libre parce qu'il a été condamné juste avant la loi, et celui qui n'aura pas le droit de sortir parce qu'il a été condamné juste après" comme le président l'a expliqué dans les pages du Parisien.
amyajohnson@sbcglobal.n et
Étude réalisée à partir d’un échantillon de 977 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI) le 25 février 2008.
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